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La taupinière

Backstage avec Omnikrom (l’entrevue)

Mélanie Jannard
30 octobre 2009

En 2007, l’expression « Trop banane! » intégrait le lexique de près de 10 000 québécois. Deux ans plus tard, les trois trend setters devenus maîtres du rap électro lancent Comme à la télévision : pendant que les critiques crient au gain de maturité, ceux qui l’écoutent vraiment le font en sautant sur le divan. Aujourd’hui, voilà que la de plus en plus Grosse boîte réédite leur deuxième EP, Futurs millionnaires volume 2 : 24 pouces glacés. À quand Omnikrom featuring Tricot machine?  

C’est après une défaite du CH que j’ai eu la chance de les rencontrer dans une ambiance très fraîche, sur une causeuse défraîchie. Le concept était fort simple : treize chansons, treize directions. Juste assez pour prouver qu’ils sont « de très bons gars – pas si méchants qu’ça. » 

 
01. Ils disaient
« Ils disaient qu’on s’rait là six mois / qu’après le buzz s’arrêterait / […] / maintenant y est où ton buzz p’tit génie / ça fait fucking quatre ans que ça dure »

 MJ : D’abord, félicitations, ça fait fucking quatre ans que ça dure! Dans Ils disaient, vous faites part d’un désir de rester présent, d’avancer dans ce que vous faites. Mais sincèrement, êtes vous surpris de la tournure qu’a pris le projet Omnkirom du départ? 

 JB : Du départ, je pense que oui. Si on part de quand on a décidé du nom « Omnikrom » et quand on est arrivés avec le premier EP, c’est sûr qu’on s’attendait pas à ce que ça marche comme ça. […] À la longue, tu te fais une autre idée aussi. Après le premier EP, un deuxième, après le premier album, tu réajuste ta vision, t’as un peu moins de surprises au final. C’est sûr que si tu remontes au début, on s’attendait pas à ça.

 LG : C’est clair. Mais c’est aussi que quand ça a commencé, Omnikrom, on avait un but qui était vraiment plus petit. Des affaires connes comme avoir 50 amis MySpace… Sauf qu’une fois que tu vois qu’il y a des trucs qui arrivent, ça t’ouvre des portes, tu vois les opportunités pis c’est comme ça que t’avances. On a vu ce qu’on pouvait faire, on se donnait des buts réalistes pour pouvoir les réaliser pis essayer d’avancer.

 02. Je crie encore
« BANGERANG! »

 MJ : Peter Pan, j’aime ça. D’ailleurs, l’album regorge de références à la culture populaire : est-ce que c’était un fil conducteur pour la direction que vous vouliez lui donner? 

 JB : À un certain moment je pense que oui un peu, c’est tout le côté télévision pis références à ce qu’on a connus en étant plus jeunes pis ce qui  nous a marqué. Mais en partant, tu commences l’album, je pense que t’as jamais l’idée « ok, on fait l’album de même, sur ça », on a commencé une couple de tounes pis on a vu un lien entre toutes ces tounes-là. Ça a comme alimenté notre créativité pour construire le reste autour.

 LG : C’est des trucs qui viennent tout seuls dans le fond, l’abum est vraiment nostalgique. On pensait beaucoup au temps d’avant, c’est pour ça que ça a sorti. Une époque où on écoutait pas mal de télévision, c’est juste la vérité!

 03. Comme à la télévision
« Comme à la télévision / comme à la télévision / comme à la télévision / comme à la télévision-ion-ion-ion. »

 MJ : Qu’on soit fan ou pas, je pense que tout le monde était d’accord pour dire que votre clip, dans lequel vous incarnez des personnages marquant du cinéma, était très cool. Pouvez-vous nous faire une récapitulation du making of?

 LG : C’est Jérémy Saindon qui a fait le clip, le même qui a fait Été hit. Le tournage a duré la durée du tournage d’un clip normal… de bonne heure le matin à très, très tard le soir […] les maquillages, c’était ça le plus long à faire. Pis c’était drôle parce que le Freddy, ça doit avoir pris environ deux heures le faire, peut-être même plus un peu. Sauf que je vais faire la scène, ça dure cinq minutes, après ça je remonte en haut… C’était super long, j’étais vraiment content du maquillage, pis là je l’enlève… pis après ça je faisais une autre scène.

 JB : C’est vraiment sur le rush tout le temps. […] Sinon, après ça, c’est tout un travail de post prod qui a été fait par Daniel, un travail assez fou qu’il a réussi à faire pour intégrer tout le visuel qu’on avait fait pour les photos de l’intérieur de la pochette. Ceux qui ont pas l’album s’en rendent peut-être pas compte, mais c’est toutes les photos du livret qu’il y a là-dedans, et qu’après il a détaché des trucs pour faire un peu de trois dimensions qui va bouger… il a fait une super job en pas grand-temps.

 04. Les tronches
« Y ont inventés les faux seins / sont souvent bons en dessins / […] / Sont en Lamborghini / t’es encore en Civic »

MJ : Une chanson hommage aux nerds, j’adore ça. Surtout que tout ce que vous y racontez est ridiculement vrai. Est-ce que vous l’avez écrite pour vous venger doucement de vos souffre douleur du secondaire?

LG : Non, ben on n’était pas « siii » nerds, là. Quand j’étais au secondaire, je pense que j’étais zéro nerd dans le fond, dans la façon que j’agissais…

 JB : T’étais pas ben bon à l’école non plus…

 LG : Non, c’est ça! (Rires) […] Maintenant je me considère vraiment nerd. Pis je sais que tous les nerds de dans le temps à l’école qui se faisaient écoeurer, quand on les voit dans les rencontres du secondaire, y font plein d’affaires le fun. C’est ceux qui étaient cool qui sont plus… à chier. (Rires)

 JB : Moi j’étais comme un genre de nerd, mais j’étais gros. Comme un nerd méchant. J’étais nerd mais en même temps j’écoeurais des nerds. J’étais quand même dans des classes d’enrichi pis ces affaires-là, mais je voulais pas être un nerd, je voulais être un tough! (Rires)

 F8 : Moi j’étais pas mal nerd, et je le suis encore. Mais je me faisais pas écoeurer par exemple, j’étais pas assez nerd pour me faire niaiser je pense…

05. Plus tard
« Te fies jamais à ce que j’étais / tu pourrais être déçu de c’que j’suis devenu »

MJ : On vous connaissait avant pour vos paroles très crues, voire vulgaires. Vous avez choisi de vous épurer avec le temps : vous pensez pas que ça peut décevoir vos premiers fans, avec Comme à la télévision qui est encore plus clean que Trop banane?

 LG : Ça dépend. Pas qu’on pense pas aux fans, mais la musique on la fait en pensant à nous en premier. Si nous on aime ça, y va y avoir du monde qui aime ça. Ça serait pas sincère de faire ça pour plaire à un type de personnes, si t’aimes pas nécessairement ce que t’as fait.

 JB : Quand on a commencé, on se disait pas non plus « on va faire des tounes vulgaires! » […] Sur le coup on s’en rendait pas compte.  J’ai rien contre ça, que ce soit vulgaire : on était dans cet esprit-là, on l’a fait. Pis après ça, on a fait d’autres trucs qui le sont moins. Moi dans ma tête, quand je faisais Comme à la télévision j’étais plus vulgaire que sur Trop banane.

 MJ : Sur Comme à la télévision, je pense que vous dites le mot « spermatozoides » une fois et que c’est la chose la plus vulgaire.

 LG : Non, mais c’est ça qui est différent pour moi, c’est que c’est moins sexuel, Comme à la télévision. Dans ma tête, « sexuel » c’est pas « vulgaire ». […] FM2, c’était plus « club » pis exagéré. Comme « nous on arrive dans le club en volant » quasiment. Le FM1, lui c’était vraiment absurde, stupide…

 JB : Si je les catégorise là, là : le FM1 c’était absurde, le FM2 plus cru/vulgaire, Trop banane plus pop-bonbon-gentil mais quand même sexuel, et là, Comme à la télévision dans ma tête il est un peu plus sale que Trop banane, mais sans être vulgaire.

MJ : Il faudrait que je vous payes combien pour que vous fassiez Notre intérieur ce soir?

Tous : (Rires) Très cher, vraiment très cher!

06. On le fait mal
« Nous on le fait mal / mais au final c’est bien et c’est normal »

MJ : Avec l’égo gros comme ça qu’on vous reconnaît, j’ai du mal a y croire. Qu’est ce qu’Omnikrom fait mal?

LG : Ça revient un peu à ce que Jeanbart disait au début, des fois on fait quelque chose et les gens le perçoivent pas de la même façon.  […]

JB : [...] Y a des affaires qu’on fait un peu tout croche, mais à la fin, ça donne quelque chose de bon.

MJ : Sinon, ça va bien vos cours de chant?

JB : (Rires) C’était très bref. C’était pas vraiment pour chanter, c’était plus pour apprendre à gérer mieux la respiration pis ces trucs-là…

 MJ : Ça devait être beau!

 JB : Je sais pas, j’aurais aimé ça voir ceux de Gabbo! On  était séparés : lui y allait une heure, y s’en allait, je le croisais, y pleurait en s’en allant…

 LG : Je pense pas que j’étais le meilleur…

 JB : Peut-être un des moins bons.

07. Dans tes rêves
« J’tai aussi vu quand tu m’as vu / on a décidé de s’regarder du-coin-d’l'oeil »

MJ : Travail d’équipe avec la plantureuse Cœur de pirate parmi plusieurs collabos super intéressantes sur l’album, avec le Matos, Ghislain Poirier évidemment, et quelque chose de plus surprenant avec The Sainte-Catherines…

 JB : On voulait faire une toune de rap punk, mais on voulait pas que ça pas juste de la guitare électrique avec quelqu’un qui rappe par-dessus, on trouve pas ça l’fun, ça a été fait plein de fois […] on travaille tout le temps avec du monde qu’on aime, The Sainte-Catherines, c’est des amis à nous autres, Hugo le chanteur c’était notre booker pis Beaudet à la guitare c’est habituellement notre soundmand pis notre directeur de tournée. C’est des gens qu’on côtoie comme Ghislain, comme Béatrice. C’est du monde avec qui on a des affinités […] pis c’est dans ce contexte-là qu’on aime travailler.

MJ : Dans vos rêves, avec qui vous aimeriez collaborer?

LG : Lil’Wayne.

 MJ : OUI! [Élan euphorique…] Mais sinon, plus près de nos, au Québec, y aurait des gens avec qui vous aimeriez travailler?

 LG : Ouais, y a. Mais c’est rien qui est dans mes rêves… (Rires)

08. Feel Collins
« On peut sentir leur peur dans l’air ce soir / seigneur / c’est notre heure on a attendu ça toute la vie / oh seigneur »

 MJ : C’est ma question la plus brève : pourquoi???

 LG : Ça veut dire que tu as pas aimé la chanson ça…

 MJ : C’est pas ça que je voulais dire… (Rires) Mais qu’est ce qui vous est passé par la tête, vous vous êtes dit « Ah, on va traduire une toune [In The Air Tonight] de Phil Collins »? C’est comme une chanson sacrée, mais vous avez choisi de lui toucher quand même.

 JB : On l’a pas vraiment traduit, c’est juste le refrain à la fin. Sinon le reste, le beat est inspiré selon la structure de la toune.

 F8 : Moi je voulais faire un beat comme ça parce que la structure je la trouve écoeurante. J’ai fait un beat comme ça, et c’est ça que ça a donné. C’est moi qui ai initié le projet! (Rires)

LG : C’est une chanson qu’on aime beaucoup, mais en même temps, on sait que c’est pas tout le monde qui l’aime. Le refrain, beaucoup de monde l’aime pas, mais nous, on le réécoutait pleins d’émotions.

 F8 : Je vois ça comme un hommage, en même temps. Moi je suis un fan.

 JB : Toute façon, moi le concept de  « c’est trop une grande toune, on peut pas y toucher » je trouve ça un peu pourri. Sinon, y aurait juste des remixes pis des reprises de tounes poches! […] Si t’as envie d’écouter l’originale, écoute pas l’autre, écoute l’originale.

09. Kryptonite
« Est-ce que je meurs comme Superman / si tu me donnes d’la kryptonite? »

MJ : Voilà la collaboration avec Ghislain Poirier, inévitable d’album en album. Ma question s’adresse à Figure 8, qui collectinne les figurines : si tu étais un superhéros, quel serait ton pouvoir magique?

 LG : Y se l’est déjà fait poser ça!

 JB : Il avait répondu pourri en plus! Change ta réponse.

 F8 : Moi j’aimerais ça être comme Hulk. Quand tu te fâches…

 LG : Tu deviens méchant?

 F8 : Méchant ou juste plus fâché, plus fort, je peux tuer tout le monde… je sais pas.

 LG : On dirait pas un expert des superhéros…

 JB : En plus je suis sûre qu’il pense toujours à ça avant de s’endormir…

 LG : Il est juste pas capable de choisir lequel il voudrait être.

10. Vedettes
« Y a juste une règle que tu dois suivre / c’est qu’la fille soit plus connue que toi / sinon c’est trop facile / elles veulent rendre jalouses leur chums de filles »

 MJ : Pour la chanson Vedettes, j’y vais avec une question du BangBangOTest  : quelle est la différence entre la (ou le) groupie et le (ou la)  fan?

 JB : Je pense que ça peut être la même personne aussi. C’est juste qu’y a certaines barrières que un des deux franchira pas pis que l’autre va franchir. Y a comme un certain degré d’inhibitions qui existe pas pour la groupie qui peut exister pour celle qui est juste fan. La groupie peut faire n’importe quoi juste parce que c’est le groupe… la fan peut le faire aussi, mais elle va penser avant.

 MJ : Vous avez aussi des fans un peu excessifs. Des diaporamas avec vos faces dans des cœurs, des blogues pour vous, y en a sur Internet…

 LG : Ça c’est drôle.

 MJ : Y a même du monde avec des tattoos Omnikrom… vous réagissez comment face à ça?

 LG : C’est comme une étape que tu peux cocher sur le calendrier : « un fan a un tattoo de toi ».

 JB : […] Y a du monde qui se font tatouer un chat sur le bras, un signe chinois qui savent pas ce que ça veut dire, des barbelés. Personne a les barbelés à fond dans son cœur. [...] C’est une décision personnelle. Je pense que c’est cool si c’est juste un signe pour dire qu’on l’a marqué quelque part dans sa vie.

 MJ : Vous feriez vous tatouer « Omnikrom »?

 LG : Peut-être qu’on pourrait chacun s’en faire une partie, pis quand on se colle ça le fait.

11. Être abstrait 2.0
« Si j’étais en haut d’un édifice / je sauterais pas en bas / mais si je recevais un cadeau / je sourirais pas »

MJ : Être abstrait, c’est le nom de ce qui précédait Omnikrom. On en sait pas vraiment plus… c’était quoi, au juste?

JB : Si tu prends la toune Être abstrait…

 F8 : C’était un peu ça.

 JB : C’était un peu ça, mais en plus expérimental. Pas de refrains, des longs verse, de longs bouts instrumentaux avec juste des breaks de drums dedans. L’esprit un peu plus spoken word mélancolique…

 LG : Spoken word, mais pas genre Grand corps malade…

JB : On a fait cette toune-là pis on s’est dit « hein, on dirait que c’est du nouveau Être abstrait » C’est un clin d’œil à ceux qui connaissaient ça pis pour nous autres aussi. […] En la finissant, on a fait d’autres modifications pour pousser ça un peu.

12. Chicks géantes
« Bouffe des buildings / pitche des lasers / mais fait surtout pas couler ton maquillage! »

MJ : La question groupie: mis part les chicks géantes, qu’est ce qui attire les garçons d’Omnikrom chez les petites tigresses?

JB : Des filles tout nues!

 LG : Je sais pas. Ça dépend des personnes. Quelque chose de ben normal.

 JB : Une fille propre. Tout nue, propre, avec des cheveux.

13. Salir l’écran
« Est-ce qu’on salit le monde nous / non on se débrouille dans un monde sale »

 MJ : Là, c’est pas pas faute si vous terminez avec quelque chose d’aussi profond. Qu’est ce qui vous fait chier, dans notre monde sale?

JB : Le milieu de la musique un peu, du vedettariat au Québec. C’est fait croche : t’as le monde qui chiale sur les autres, le monde qui essaie de bloquer les autres. On essaie de faire notre chemin la dedans, on s’en fou pas mal de ceux qui hate ou ceux qui disent n’importe quoi pis on fait ce qu’on a à faire.

LG :« Eux autres y sont comme ça, c’est superficiel, c’est vulgaire », c’est tout le temps trop d’une certaine facon. Nous on fait juste exagérer les choses telles qui sont pis les mettre en gros traits. C’est sûr que ça frappe plus. Y a du monde que ça choque, qui comprend pas ce qu’on fait. Le monde est comme ça, nous autres on se débrouille dedans. Si on décide de faire les choses comme ça, peu importe ce que tu dis, on va les faire comme ça.

 

Retardataires ou nouveaux admirateurs (parce qu’après publication d’une telle entrevue, il y en aura), n’oubliez pas d’allez vous procurer le « cru/vulgaire » FM2 enfin de retour dans les bacs. Ceux qui l’ont déjà, achetez-le juste pour vous dire « Grosse boîte qui réédite Omnikrom, c’tu juste moi ou c’est weird? » et contribuez à les rendre millionnaires pour vrai.

Un commentaire
  • [...] La citation du jour By edhardcore Tirée d’une interview sur Bang Bang. [...]

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Remous terreux majoritairement littéraires.

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